27 octobre 2005

Hommage à Ben Barka

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Bonjour/Bonsoir,
Partie pour une autre réunion, donc pas possible de poster ce billet le 29 octobre. Je le fais cette nuit pour le droit au souvenir.
Il est des commémorations que nous ne pouvons oublier et encore moins ne pas souligner. J'ai choisi cette chanson car avec celle de Brel (Quand on a que l'amour) elle donne un sens à tant de sacrifices. Celui de Ben Barka a été de priver une famille de son époux et père, aux pays non alignés un meneur car la Tricontinentale n'aura jamais lieu, aux Marocains un espoir avorté.
Il s'est écrit tellement de choses au sujet de l'homme public. Aujourd'hui, des Marocaines et Marocains font dans le spirituel à la noix de coco alors que le saint sacré maître a été un tout petit ne pensant qu'à avancer sa carrière et les autres flirtant avec le Makhzen ne sont que des poujadistes en puissance. Bien entendu, nous ne saurons jamais ce que Ben Barka aurait fait si à la tête d'un gouvernement élu (dream on, dream on). Mais nous reste cette image d'un avenir spolié, assassiné, avorté. Pourquoi pas un 29 octobre comme fête du souvenir? Et pourquoi pas une vraie Commission? Faudra emprunter au Québec le fameux "Je me souviens".
Paroles et Musique: Maurice Fanon, Gérard Jouannest 1976© 1976 - Disque Barclay

Pour ceux qui entrent dans la danse
Au nom de la grande espérance
Au mépris de leur vie
Mon fils chante
Pour ceux qui luttent pour la vie
Sans autres armes que leur vie
Pour qu'ils vivent longtemps
Mon fils chante
Pour ceux qui combattent la nuit
Pour le jour où le soleil luira
Pour tous les hommes
Mon fils chante
Pour ceux qui meurent en chemise
A l'aube du temps des cerises
Sous les yeux des fusils
Mon fils chante
Mon fils et toi le fils
Qui naîtra de mon fils
Tant que meurt la liberté
Pour que la liberté
Vive dans le monde entier
Mon fils il faut chanter
Pour ceux qui poussent sans espoir
La porte étroite de l'histoire
Au nom de l'idéal mon fils chante
Pour ceux qu'on traîne dans le noir
Sur le sol du dernier couloir
Des chambres de tortures
Mon fils chante
Pour ceux qui ne verront jamais
Plus le soleil rouge de mai
Sur le port du Pirée mon fils chante
Pour ceux qui jusque dans la mort
Ont la force de vivre encore
Pour ceux qui vont vivre
Mon fils chante

26 octobre 2005

Ces êtres aujourd'hui disparus




« L’ennui avec les abstractions et les orthodoxies, c’est qu’elles deviennent des maîtresses qu’il faut constamment apaiser et flatter. La morale et les principes d’un intellectuel ne doivent en aucune façon devenir une sorte de boîte de vitesses hermétiquement closes, conduisant la pensée et l’action dans une seule direction. L’intellectuel doit voir du paysage et disposer de l’espace nécessaire pour tenir tête à l’autorité, car l’aveugle servilité à l’égard du pouvoir reste dans notre monde la pire des menaces pour une vie intellectuelle active, et morale. »
Des intellectuels et du Pouvoir, Edward W. Said, Seuil (1994 )


Il y a deux ans Edward Said quittait ce monde. Je me souviens qu’après l’annonce de sa mort, un journaliste du Globe and Mail avait écrit un article sur les intellectuels du monde arabe ou arabophone (c’est comme vous voulez) et une attention particulière était donnée à Fatima Mernissi (qui est l’incontournable intellectuelle marocaine) Bref, j’avais oublié de poster un billet le 25 septembre dernier pour marquer l'anniversaire de sa disparition. Il était et de loin la voix de bien du monde, ceux qui ont toujours refusé la pensée unique. S’il y a un intellectuel palestino-américain qui a touché autant c’est bien lui. Sa défense inlassable pour la justice et la paix ont fait de lui une voix toujours écoutée, parfois interdite (Yasser Arafat avait interdit un de ses livres), dénigré et marginalisé par d’autres. Sa rigueur intellectuelle est légendaire. Edward Said était aussi la rencontre de deux mondes, un être multiculturel, un pianiste et musicologue confirmé, un défenseur des droits et libertés pas seulement pour les Palestiniens, mais pour tous les opprimés de la terre. Un être qui ne courba jamais la tête sauf pour déclarer forfait contre la leucémie à 67 ans. On parle souvent de l’exil intellectuel comme une prison, il a prouvé que cette forme d’exil était utile car cela permet selon lui une meilleure analyse et vision des événements.


Je passe du temps à lire ce que pensent les autres et souvent je me demande si certains intellectuels ne parlent que par souci d'existence. J'observe la scène de loin comme la spectatrice et lectrice que je suis souvent. Malgré mon éloignement, je décèle malheureusement cette manie qu'on certains d'applaudir quand il ne faut pas, de devenir plus catholique que le pape et de s'ériger comme la voix de la vérité, d'intimider par leurs propos désobligeants ceux qui ne sont pas sur la même longueur d'onde qu'eux. Pathétique tout simplement. Ce n'est pas un coup de gueule, mais bien un triste constat d'une intelligentsia qui ne possède pas les atouts ethiques qui vont avec l'appellation et qui fait dans la devanture d'où la citation d'Edward Said afin d'alimenter ce pauvre billet.

Et hier est morte Madame Rosa Parks femme noire américaine qui a refusé de céder sa place dans un autobus à un Blanc. C'était en 1956. Avant elle, d'autres femmes avaient posé ce geste de refus. A son arrestation, il fut décider de boycotter le transport en commun ce qui priva la corporation de revenus. Son procès inspira deux personnages emblématiques de la lutte des droits civiques: Martin Luther King et Malcolm X.

24 octobre 2005


La Maison de la jeunesse estudiantine, Casablanca 1980

Père Jean Ruhl, troisième personne debout à partir de la droite. Cet homme a permis à beaucoup de jeunes, dont moi, de voir plus loin que le bout de leur nez. Cette bibiothèque était un havre de paix. Il m'appelait tendrement "la pagaille" car, disait-il, un brin de folie s'installait dès que Loula entrait dans les lieux. En haut, dans le hall d'entrée, les copains lisaient les journaux. Il y avait une grande bibliothèque et c'est là que j'ai lu un des livres qui ne sortaient jamais de l'endroit: La mort heureuse de Camus. Il y avait aussi Soeur Marie-Josée qui avait été directrice à Madania. En bas, les étudiants préparaient leurs examens et il y avait un salon pour relaxer, discuter, jouer aux échecs. Je ne me souviens pas du nom de toutes les personnes sur la photos, mais il y là mes meilleurs amis de l'époque et M.L. en reconnaître au moins un. L'Ambassadeur du Canada était venu remettre au Père Jean Ruhl un chèque pour aider au bon fonctionnement de l'établissement.
Bonne journée, je vais préparer quelques petites bouchées pour la réception de ce soir.
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23 octobre 2005

Superbe bonne nouvelle

Chers amis, cela mérite un billet! Notre adorable Najlae The Girl From San Francisco Bay annonce un accomplissement qui promet de la propulser dans la sphère du journalisme documentaire. Félicications Najlae! Mwah.
PS. Sorry, pas de commentaires permis sur ce billet, va falloir aller visiter son blog et la féliciter de "vive voix".

Batata


Habiter Khmiss Batata, vivre de batata, avoir épousé un spécialiste de ce noble tubercule et ne pas en parler serait être dans les patates.
Plusieurs d'entre vous savent forcément que la pomme de terre est originaire d'Amérique du Sud, du Pérou pour être exacte. D'ailleurs c'est à Lima que se trouve le Centre International de la pomme de terre. Les Incas l'appelaient papa. Vu le climat des Andes, les Péruviens cultivaient ce tubercule faute de pouvoir faire pousser du maïs. Cultivée durant des millénaires, la pomme de terre sera source de nutrition pour les populations. Faciles à entreposer, les tubercules étaient soit broyés, réduits en farine. Batata était, est et sera elle sera source de nutrition pour les populations. 1500, les caravelles espagnoles envahissent l'espace et les conquistadors espagnols introduisent la pomme de terre en Europe (forcément patate, me diront KB ou M.L.) L'Espagne via ses consquistadore cultivera le tubercule en Bolivie pour nourrir les esclaves qui trimaient à la recherche d'or. La culture de Batata est propagée lentement en Europe. Plusieurs verront le tubercule comme impur, ne le mangeront pas. Le roi de Prusse, Fréderick le Grand et le roi d'Allemagne, Guillaume ou William c'est selon, introduiront la pomme de terre dans leurs royaumes respectifs avec des directives quant à sa culture. Nos cousins les Gaulois eux faut bien le dire avaient peur de ce noble tubercule. Revient en France un prisonnier durant quelques années en Allemagne (la Guerre de Sept ans). Pharmacien de son état, ayant survécu grâce à batata dans les geôles allemandes, notre ex prisonnier, Parmentier, se mit en tête de convaincre le roi Louis XVI d'en cultiver. Il en aurait même fait goûter à Benjamin Franklin pour les Français, enfin les riches de l'époque, puissent en manger sans crainte.
Introduite en Irlande, elle deviendra là aussi l'aliment de base des Irlandais. Les paysans irlandais tenaillés par les féodaux anglais trouvèrent dans la culture de la pomme de terre leur salut. Sa culture produisait par hectare bien plus que n'importe quelle autre culture. Si le climat de l'Irlande était propice à la pomme de terre ce fut malheureusement ce même climat qui aida à la propagation du mildiou en 1845, 1846 et 1848. Dépendants entièrement de la pomme de terre, les Irlandais connurent famine sur famine. Un million de personnes moururent de faim, alors qu'un autre million d'irlandais quittèrent leurs terres pour l'Amérique du Nord.
Les colons commencent la culture en Amérique du Nord. D'abord en Acadie (Nouvelle Ecosse, aujourd'hui). Aujourd'hui, la province canadienne qui produit le plus de pomme de terre est l'Ile du Prince Edward, c'est aussi la plus petite province.
Quant à Khmiss Batata, c'est une autre histoire. Khmiss Batata, petit village coincé dans une vallée s'est démarqué durant la guerre des Boers. Il est aussi à rappeler que la pomme de terre a nourri bien des soldats (Prusse contre Autriche, la Guerre de Sept Ans, Les guerres conduites par Napoléon, la Première et la Deuxième Guerres Mondiales). Revenons à Khmiss Batata, Un fermier entrepreneur vendait du foin pour l'armé canadienne. Puis les machines remplacèrent les chevaux et notre entrepreneur devient distributeur de pomme de terre. La terre, ici, est une terre de Cain. A chaque printemps avant de semer, les producteurs doivent enlever la roche. 1957, les fils de cet entrepreneur décidèrent de conquérir le monde du surgelé. Presque cinquante plus tard, la compagnie emploie plus de 20 000 employés et ce sur les cinq continents. Ses produits sont vendus dans 110 pays. A elle seule, la compagnie produit le tiers de la consommation mondiale en frite surgelée.
Bref, tout ceci pour vous dire que frite, bouillie, en tagine; en hachis; à la dauphinoise; en purée, déshydratée ou en croustille batata reste l'aliment de base le plus consommé à travers le monde.

La prochaine fois que vous mangerez batata, pensez au labeur des producteurs, mais pensez aussi à ce que les Amériques ont offert au reste du monde: la pomme de terre, la pomme de terre douce, la tomate, la courge, le poivron, le piment fort, le maïs, le riz sauvage, le dindon (oui celui de la farce, je te vois venir KB), le caoutchou (bois qui pleure), le chocolat, le tabac (bon d'accord c'est pas bon pour la santé), l'arachide, l'avocat, les noix de pacane, la vanille, le cassave et son dérivé le tapioca. Bref, j'ai la mémoire qui flanche.Posted by Picasa

22 octobre 2005

La vieille malle de mon pater


En visite chez Mia, elle me parlait d'une malle avec pas mal de photos. Nous avons ri car il y avait des photos des amis d'antan, les artistes marocains, le grand Bouchaïb Al Bidaoui et pas mal de visages aujourd'hui disparus. Bref, nous avons passé une superbe soirée à regarder d'innombrables photos. J'en ai ramené quelques unes. Je poste la première. Vous souvenez-vous de ces dirigeants? Moi, je ne me souviens plus du nom du jeune de la République du Yémen, le cinquième à partir de la droite. A la rescousse de ma mémoire gens de ma génération. Posted by Picasa

21 octobre 2005

Les charmes du strip tease

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Patricia The Stripper, Chris De Burgh (A&M)
Vous excuserez la qualité du son.
Il faut faire contre mauvaise fortune bon coeur, je ne me souviens plus de l'expression exacte. Hier, j'ai passé trois heures avec un représentant de mon fournisseur, trois longues heures au téléphone à désinstaller, installer Freedom et son anti virus, anti espion etc. Bref, rien à faire, je ne suis pas capable d'aller visiter M.L., Ayoub ou Bluesman. A quoi cela sert-il de payer un service mensuel si le fournisseur ne me protège pas (lire la makina) contre les espions, hein? Faudra que j'appelle le mari d'une copine afin qu'il vienne voir ce qui se cache dans cette boîte magique.
J'ai choisi cette chanson aujourd'hui pour la plus simple raison que j'étais frustrée de ne pas pouvoir visiter le blog de M.L., mais faut savoir garder la mine joyeuse donc j'ai pensé à Patricia The Stipper. Pourquoi cette chanson et pas une autre? Parce que le net, les listes de diffusion, les blogs c'est aussi un moyen de se dénuder un peu. Certains le font avec candeur, d'autres avec beaucoup de circonvolution. Certains font dans la plume aiguisée, d'autres dans le style didactique. Certains sont poètes, d'autres conteurs. Certains nous prennent par les tripes, d'autres nous amusent. Certains sont polissons, d'autres conservateurs. Qu'ils soient d'utilité publique ou spécialisés, les textes nous livrent les personnalités de leurs auteurs. Il y a les blogs que nous aimons que nous visitons souvent voire même très souvent. Il y a ceux que nous lisons de temps en temps et il y a ceux que nous découvrons par hasard.
Bref, j'avais envie de finir la semaine sur une note cui cui même si je ne lis pas M.L. ces derniers temps.
Et ce n'est pas tout. Lundi soir prochain, l'Association recevra le prix du mérite de Citoyenneté et immigration Canada pour les efforts citoyens en vue de l'intégration des immigrants dans la province. Mission accomplie, maintenant faudra maintenir la barre haute. Vous m'excuserez je vais me donner un gros mwah et une accolade.

17 octobre 2005

Mémoires d'une séductrice


"He told me I was the secret garden then he forgot to water it...I told him he was the sun then I forgot to open my eyes when he was up...We told ourselves so many stories that we lost ourselves trying to understand the nature of things...He left and I went away both without a tear because we knew our path would never be one. So what? If never existed... If was merely a state of mind... a rock in the sand... a light in the dark...a kiss in the shadow... an unfinished orgasm... a temporay bliss... If was simply itself beautiful, sensual, impetuous and as short as Perseid showers.So What?"

Allez, allez ma belle, ne t’en fais pas, ça te passera. Laisse-moi te raconter l’histoire de la sirène encore une fois. Mais je ne veux pas mourir qu’elle me dit en plongeant son regard dans le mien. Je ne veux pas finir comme la sirène. Mais tu ne finiras pas comme la sirène, que je lui répète. Mais il faut qu’elle bouge, qu’elle fasse de quoi. Son univers est tétanisé.Et si je te racontais mon histoire à moi. Cela te ferait-il du bien? Elle me regarde surprise comme si une femme de mon âge ne pouvait avoir une histoire ou des histoires à raconter. Elle a ce regard que toutes les amoureuses posent sur la vie. Seule leur histoire semble importante. C’est vrai, dans un sens. Par où commencer? Par lui. Tout simplement. Avant, il y avait une vie. Et son arrivée a tout chamboulé. Je vais te raconter notre rencontre. Je l’ai rencontré tout a fait par hasard entre deux bribes de conversations anodines. Il m’a tout de suite investie. Il s’est immiscé tout simplement. Je ne voulais pas, mais c’était bien plus fort que moi. Tout semblait me ramener à lui. Mon univers tournait autour de lui. Je ne savais rien de lui, absolument rien. Et pourtant je le connaissais, à ma façon. Je savais ce qui le faisait frémir, vibrer. Ce qui le comblait, ce qui le décevait. Il lisait en moi, sans m’avoir côtoyée. C’est une histoire pas possible comme cette fin de siècle. Une histoire où la passion l’emporte sur la raison. Et lui racontant ce début d’histoire, je me revois. Je le revois. Un visage parmi une foule d’anonymes. En fait, que m’arrive-t-il réellement? Suis-je en train d’essayer de la consoler ou de revivre mon histoire, notre histoire.Toutes les histoires se ressemblent me dit la petite voix cynique, tapie au fond de moi. Non, c’est loin d’être vrai. Chaque histoire nous enrichit. Nous déchire. Nous comble. Certaines laissent sur nos êtres des bleus difficiles à disparaître. Certaines nous enchantent et nous égaient. Aucune ne nous laisse complètement insensible. A chaque homme, une histoire. Des hommes, j’en ai connu. Oh oui, à me perdre en eux, à me fondre en eux. Je garde d’eux les plus émouvants des souvenirs. Du premier regard, à la première caresse. Du premier baiser, au premier orgasme. Du premier sourire, au déchirant dernier adieu. Nous avons toutes connu ça, chacune à un degré différent. Mais nous avons toutes connu ce tourbillon d’émotions happant et nous dépossédant de notre amour propre. Voire même de notre fierté. Si je l’ai aimé. Non, il m’a tout simplement hantée, habitée. Veux-tu les écouter mes histoires? Veux-tu que je te parle des hommes ou des sentiments qu’ils provoquaient sur leur passage? Elle lève les yeux. Me sourit et me dit: Juste votre histoire. Celle de l’homme qui vous a habitée. Il fait chaud tout d’un coup. Je veux m’enfuir. Respirer une bouffée d’air frais. Voilà que le flots de souvenirs remonte a la surface. Voilà que ma gorge se noue a nouveau. Après toutes ces années. Il suffit que je pense a lui pour ressentir son emprise sur moi. Sur ma destinée. Et pourtant, il me semblait qu’en vieillissant mon corps réagirait différemment à son souvenir. J’en veux à ce corps de trembler à son souvenir. J’en veux à ce corps de me rappeler son étreinte, sa fougue. Et combien même ce corps resterait totalement frigide, mon être n’en finit plus de tressaillir au moindre souvenir de lui. Et voilà que je revis tout ça parce que cette enfant se meurt d’amour. Voilà que je revis à travers sa passion ma dévotion pour lui. Lui, j’ai décidé de ne jamais prononcer son prénom. Je le murmure des fois comme une incantation. Quand le coeur n’y est plus ou quand ce corps refuse de me suivre.Mais pour arriver à lui, il me faudra relater à cette enfant mes histoires avec les hommes. Il faut que quelqu’un sache au moins pour une fois. Tant d’années de silence. Tant de secrets enfouis. Les saouleries de l’âme. Le premier homme. Ce père que j’ai placé sur un piédestal. De lui, je garde mes premières joies et mes premières peines. Je revois nos sorties dominicales. Moi pas plus haute que trois pommes dans ma robe rouge à pois. J’ai encore le goût de la menthe à l’eau dans ce café de Rabat, Le Balima. Les sorties avec les supposées tantes. Les jours de plage. De ce voyage en coccinelle. Et de ce malheureux berger pleurant devant ces agneaux immolés par un chauffard. Je revois mon père descendant de l’auto et aider ce pauvre homme à porter les agneaux. Je le revois mettre quelque chose dans la main de cet homme terrassé de voir son troupeau amputé de quelques bêtes. Puis vint la déchirure. Je n’avais plus de père. Enfin, j’en avais un, sauf qu’il vivait ailleurs. Loin de moi. Je me souviens avoir dit à ma mère qu’il était inutile de faire semblant qu’il était en voyage. Je n’avais tout simplement plus de père. Je me rappelle avoir prié qu’il n’ait jamais de fille. Je voulais être sa fille unique. Sa seule princesse. Avec lui, j’usais de tous mes charmes d’enfant. Jamais rien n’était trop beau pour lui. A bien y penser, mon goût pour la lecture était plus pour l’impressionner que par pur intérêt. J’étais si possessive quand il s’agissait de lui. Je me souviens de ma première belle-mère. Elle était gentille et douce. Je la haïssais malgré tout. Je revois ce jour d’anniversaire ou mon père lui offrit une bague sertie d’un diamant. J’étais folle de rage. Comment pouvait-elle remplacer ma mère? Ou comment pouvait-elle me remplacer, moi? Je décidai donc d’agir. Je ne pensais pas. Impulsivement, je pris la bague et la cachai dans ma chaussure. Et en prenant l’ascenseur, je fus prise de remords. J’avais peur que ma mère ne soit accusée de lavage de cerveau. Je commençai à pleurer. Je prétextai avoir mal au pied. Mon père m’enleva la chaussure et trouva le caillou. Sans le savoir, j’allais déclencher une scène conjugale. Ou du moins, c’est ce que j’espérais. Je n’ai jamais su s’il y en eut une. Leur union dura jusqu’à mon adolescence. Si j’ai souffert de tout ça? Bien sur, comme tout enfant de divorce. Il y avait les railleries des camarades de classes. Les tantes qui n’arrêtaient pas de lui trouver tous les torts. J’étais son plus ardent avocat. Prête a charger contre quiconque essayait de ternir son image à mes yeux. Il était mon héros. Il était mon père. Le premier homme.
Vous l’aimiez tant que ça, votre père? Me demande-t-elle avec ce petit regard farouche. Et cet homme, comment était-il? C’était un homme tout simplement. D’abord, comment peut-on définir un homme. Comment expliquer l’attrait que certains exercent sur nous.Comment passe t'on de l’enfant a l’adolescente. Je ne l’ai jamais vraiment compris. Voilà que je commençai a m’intéresser aux jeunes garçons. Je n’étais pas jolie, j’étais maigre. Mais j’avais cette détermination incroyable. Mon premier coup de coeur était beau comme un Adonis. Au premier regard, je me jurai qu’il serait mon petit ami. Il avait cet air farouche et inaccessible. Je persistai. J’avais développé mon propre système de drague. Je le bousculai, je l’encensai. Il finit par abdiquer. Ce fut une douce victoire ponctuée d’après-midi pluvieux, de baisers chastes. De musique. Sans ce jeune garçon, je n’aurais jamais été en mesure d’apprécier la musique. Et puis vinrent les débats idéologiques. Il fallait être du bon bord. Je n’ai jamais été du bon bord. Pourtant j’ai essayé, plus par envie de le suivre que par conviction profonde. Et plus cette union prenait racine, plus j’étouffais. Je partis un beau jour comme si de rien n’était. Nous nous revoyions a l’occasion. En fait, c’était un légitime. Je batifolais et le retrouvais. Cela dura trois ans. Trois annexes ponctuées de passion chaste et de rafales colériques. Mais cet attrait qui nous liait finit par s’estomper. Lentement, avec douceur. Et lorsque la rupture sonna, il n’y eut ni larmes ni scène. Nous étions deux vieux amis empruntant des routes différentes. Deux amis que la vie séparait. Et je continuais à expérimenter. Un vrai papillon. Mes liaisons duraient le temps du muguet en fleur. Courtes et savoureuses. Je prenais les devants. Je séduisais de mes mots, je goûtais et je partais. Pas le temps de s’attacher. Non, juste envie de les connaître tous. De les envoûter. De passer au prochain. Ce fut une adolescence délurée, mais si innocente. J’avais peur des hommes. Je jouais avec le feu. Je jouais à l’allumeuse. Je te veux, mais ne me touches pas. Bien sur, il y eut des fois où se trouvait un gars un peu plus décidé que les autres. Ca m’est arrivé à moi aussi de me faire planter là. Mais tout ce jeu ne me ramenait qu’au premier homme, mon père. Et au lieu d’user de séduction à son égard. Je le recherchais dans les autres hommes. J’attendais leur approbation, mais les rejetais avant d’éprouver le moindre tourment amoureux. Une séduction permanente et une anxiété toujours présente. Ma mère me disait souvent d’être plus douce avec mon père. Je n’y arrivais plus. Je le rejetais comme il m’avait abandonnée. Et pourtant, c’est son regard que je cherchais dans celui de tous ces hommes. Son acceptation. Son amour inconditionnel. Pourquoi croit-on toujours qu’un homme cesse d’être père quand il quitte le domicile conjugal. Cela me prit des années avant de me rendre compte que mon père m’aimait tout autant même s’il ne m’avait pas vu grandir. Je me souviens avoir adopté des postures inimaginables pour cacher ma poitrine naissante. Je voulais rester enfant pour lui. Sa petite fille à jamais. Comment rester enfant lorsque votre corps se métamorphose? De l’affreux petit cafard grille à l"adolescente au regard lointain. Je n’ai vu pas le changement s’opérer. Je l’ai subit. Ce fut la période la plus difficile quant à mes rapports avec mon père. Je n’en finissais de le bousculer. Je l’agressais constamment. Je lui rappelai incessamment que j’étais sa fille et qu’il avait des devoirs vis à vis de moi. J’agissais en despote malheureux. Je réclamais haut et fort du temps pour moi. Je refusai son argent. Je lui criai qu’il serait incapable de m’acheter. Que l’argent ne pouvait remplacer l’amour paternel. Personne ne lui a jamais tenu tête à part ma mère et moi. Et voilà qu’il se retrouvait avec une adolescente en furie. Je le revois me surveiller dans cette discothèque. Il allait jusqu’à défigurer un pan de boiseries pour avoir l’oeil sur moi lorsque je dansais. Mais il me savait sage. Il avait plus peur de me voir le défier. L’affronter au milieu d’inconnus. Je n’ai jamais aimé les confrontations sauf avec lui. Parce qu’il représentait tant, je voulais aller au bout de ce lien au risque même de l’altérer. Je désirais vérifier son inconditionnel amour paternel pour moi. C’est toujours aux êtres les plus chers qu’on fait le plus de mal. Un parent a cette faculté de pardonner, l’enfant lui prend son temps ou finit par accepter. Finit par comprendre. Et lentement lâcher prise. Et lorsque s’opère ce changement physiologique, notre attention est déroutée. Et voilà que mon corps me jouait des tours. Mes sens, réagissaient aux moindres aguets. La rebelle se faisait douce dans l’espoir de décrocher un regard. Toujours s’appliquer à trouver le mot juste. S’ajuster et s’adapter afin de mieux cerner ce drôle d’animal qu’est le mâle. Je devenais, malgré moi, une séductrice expérimentée. Pas besoin de s’habiller ni de se maquiller pour les envoûter. J’avais compris très tôt qu’ils cherchaient plus à conquérir, qu’à acquérir. Je devins la coqueluche des gars. Non, ils ne me couraient pas après, pas encore. Ils étaient tout simplement charmés de voir une toute jeune fille bousculer les traditions et s’affirmer avec tant de verve. J’apportais couleur et humour. Mes propos se faisaient doux et arrogants. Ils m’entouraient d’attention et me prenaient sous leurs ailes. Je devenais la petite soeur que chacun aurait voulu avoir. Et plus j’évoluais dans ce monde d’hommes, plus le mystère les entourant s’estompait. Ils étaient comme nous, les filles. Ils aimaient à rêver autant que nous. Ils avaient des idéaux tout comme les filles. Seules nos façons de communiquer nos sentiments différaient. Ils avaient appris très jeunes qu’un homme ne devait pas pleurer, qu’il devait rester de glace devant les intempéries de l’amour. Parfois, l’un d’eux se confiait à moi. Comment pouvait-on se confier à moi? Moi qui m’étais introduite en voleuse, en espionne. Voilà que je devenais dépositaire de leurs secrets. Fascinée par ces statues qui s’humanisaient peu à peu à mon contact. J’avais trouvé ma vocation. Je deviendrais une archéologue du sentiment amoureux masculin. Je fouillerais au plus profond de leur âme et j’en extirperais l’essence même. Mes amitiés féminines pensaient à séduire, mais autrement. Certaines d’entres elles passaient des heures à se faire belles. A essayer de séduire les coqs. Je ne pouvais m’empêcher de sourire intérieurement. Moi, le petit garçon manqué, je connaissais le chemin qui menait au coeur des hommes. Je me sentais comme investie d’une mission. Séduire et rien d’autre. Voir ces guerriers déposer leurs armes et capituler. Elle me rappelle au présent. Son regard est une dague. Mais dites-moi, qu’est-il arrivé a cet homme. Cet homme, tu veux vraiment savoir. Un torrent d’images, un fleuve de paroles, un océan d’émotions. Pluie sur une terre aride. Un lion des plateaux. Elle ne comprend pas ou plutôt feint l’étonnement. Je la devine vouloir tout savoir. Ces yeux inquisiteurs plongeant au plus profond de moi-même. Je m’étais pourtant juré de ne pas le partager et je ne veux surtout pas le faire maintenant. Mon corps est ankylosé, lui dis-je, je dois me reposer. L’enfant affiche une moue triste et baisse les yeux. Elle me quitte et en refermant la porte de cette chambre minuscule et impersonnelle me dit d’une voix douce : à demain donc.
A suivre

A Short History of Progress, 2004 Massey Lectures, by Ronald Wright

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Voilà un extrait d'une série de conférences donnée par Ronald Wright. Comment pouvons-nous survivre ou tout simplement apprendre de nos erreurs en tant que civilisation humaine.
Wright dissèque les erreurs du passé et dépeint des similiarités étonnantes entre les civilisations disparues et la nouvelles civilisation globale. A lire ou à écouter.

14 octobre 2005

Who by Fire, Leonard Cohen (Sony)

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C'est une chanson inspirée d'une prière de Youm Kippour ou la journée du Grand Pardon. C'est de loin la chanson qui me touche le plus car elle me ramène à la vulnérabilité de la vie. Elle me rappelle qu'il me faut être humble même quand je suis fière. Ma vie, nos vies ne tiennent qu'à des fils qui risquent de se briser à la moindre brise. Aujourd'hui, nous sommes. Dans une ou deux générations qui de nos descendants se souviendra de nos prénoms? Nous sommes des étoiles filantes...des éclats de verre... fins grains de sable dans l'immensité. So why can't we walk without hurting, why do we have to steel, to kill, to sell our peers, why do we have to be arrogant...Life is a bliss but then we are fools to think that we are better than others, that we hold the truth. Many times, I feel so sad when I meet people, they are all glitter and no substance. Whores in a big open market of ideas, of feelings, of emotions.
Let us be humble cause we never know who will be next.
To the one who said so much in so little words, I am here but also there, taking the time to feel life running into my veins and enjoying the feeling.
Mwah

Festival du Monde Arabe de Montréal


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Juste un petit mot avant de m'éclipser. Voilà ce que je demanderai comme cadeau d'anniversaire enfin j'espère si nous avons le loisir de retourner à Mourial en novembre. Un programme plus diversifié ouvert sur le monde et pas du tout exclusif au monde arabe, une diversité comme je les aime et même Najat AAtabou est au rendez-vous, mais je dois vous avouer que j'ai un faible pour Chérifa elle je donnerai beaucoup pour la voir en spectacle. Très belles bandes annonces. Hurrem Sultan de Turquie, wow, j'ai chaud tout d'un coup! Cliquer sur le titre de ce billet pour en savoir plus.
Mwah

13 octobre 2005

Le blues de la bourgeoise

Encore une semaine qui passe. Encore deux entrevues pour trouver la perle rare qui fera grandir l'Association. Mais tout baigne, enfin espérons parce qu'il y a tjrs un membre qui ne fout jamais rien, qui s'amuse à vous énerver et là vous devez faire preuve de calme, de tactique etc. pour ne pas le laisser ébranler le processus. Encore une présentation à préparer, cette fois je ne ferai pas dans ma diplomatie légendaire. Mais auparavant faudra me chercher du boulot car j'en ai ras le bol de la maison, de faire la popote, de donner plus de 50% de ma vie en bénévolat et l'autre à travailler sans être rénumérée. Les enfants ont grandi, donc maman se doit quitter le nid à nouveau. Bon, c'est certain, j'ai adoré enseigner le français et je continue à effectuer mes remplacements avec plaisir car c'est superbe de voir le regard des jeunes s'illuminer quand ils ont compris, donner des conférences et animer des ateliers au sujet des sociétés d'accueils et de l'intégration des nouveaux arrivants (za3ma immigrant c'est de la tautologie quand on doit l'inclure plus de 3 fois dans un texte), mais j'ai besoin d'autre chose.
Mais pourquoi Loula as-tu besoin de travailler puisque tu mènes une vie de reine? Tu voudrais donc sortir de la meute de Khmiss Batata et ne plus devenir une femme modèle, une de celles qui font leur aérobique trois fois par semaine? Non, ça fait longtemps que j'ai arrêté car c'était pas intéressant. Une de celles qui accompagnent leurs petiots à toutes les activités, qui n'arrête pas de se flatter en parlant de leurs progrès? Ras le bol de courir et de me retrouver après trois mois épuisée parce que lundi c'est théâtre, mardi c'est musique, mercredi leçons de chant, jeudi danse, vendredi sport. Ras le bol de la course effrénée, moi j'ai jamais rien eu sinon des cours de ballet avec le vieux prof soviétique qui n'arrêtait pas de me dire: Loula t'es rebelle, un entrechat faut prendre de l'élan, se propulser et enfin battre les chevilles, Loula t'es un vilain canard . Tu voudrais laisser le confort douillet de la maison pour aller jour après jour travailler? Je le fais,et sans être payée, puisque je passe mes journées à penser aux moyens de chercher des accords de contribution, que j'écris des projets et que comble du malheur j'en suis venue à créer des budgets moi qui n'aime pas les chiffres, à parler aux fonctionnaires, à répondre à des mails et à être lobbyiste pour la cause. Tu voudrais laisser tes enfants revenir de l'école en bus et faire leurs devoirs seuls? Faudra bien qu'ils le fassent un jour autant qu'ils commencent à apprendre à être indépendants de leur mère et à ne compter que sur eux-mêmes.
Et ta moitié qui sera là pour lui? Moi, pardi! Parce que ça me crève le coeur de le voir trimer dur, partir tôt, revenir tard, passer des jours au loin, travailler encore et encore alors que moi je suis là à dépenser les sous. Mais son argent est ton argent. Raison de plus, j'aimerais bien dépenser sans me culpabiliser, mais je n'en suis pas capable. Je n'en ai jamais été capable donc je retourne au boulot rénuméré. Mais où travailler dans un village de 789 âmes?
A suivre

Extrait de Migrant News, octobre 2005

Spain had a three-month legalization ending in May 2005 that drew
690,679 applications from unauthorized foreign workers, its fifth and
largest legalization program. Unauthorized foreigners in Spain at
least six months (entered before August 8, 2004) and holding work
contracts with Spanish employers for at least six more months (three
months in agriculture) could receive renewable one-year work and
residence permits. Employers generally had to legalize their
workers, but employer organizations, unions and NGOs campaigned to
enlist their cooperation.

However, the one-year work and residence permit is issued only after
the contract is validated by the Social Security administration and
the employer makes the first tax payment. As of September 2005, only
352,500 migrants had become members of the social security system,
and 34 percent were domestic helpers, 19 percent in construction and
14 percent in agriculture.

Spain's legal foreign-born population quadrupled in less than a
decade, rising from approximately 500,000 in 1995 to two million in
2004. Nonetheless, in December 2004, Spain had an estimated 1.2
million unauthorized migrants.

In August 2005, Spain announced another legalization effort, this one
offering foreigners illegally in Spain for two years or more and
employed at least one year to apply for legal status if they report
their employer. If the unauthorized worker then receives a work
permit, he or she will be retrospectively registered with the social
security system, obliging the employer to pay back taxes.

Africans continue to try to enter southern Spain by boat from
Morocco, and 300 were intercepted in one day in early September 2005.
In 2004, 15,675 illegal migrants traveled on 740 boats that were
intercepted.

On several occasions in September and October 2005, hundreds of
African migrants attempted to enter Spain's north African enclave of
Melilla from Morocco by making ladders to scale fences, prompting the
Spanish government to raise the fence from eight to 16 feet. As a
result, Morocco rounded up the African migrants camped around the
Melilla fences and took them to the Algerian border, prompting
protests from NGOs who accused Morocco of dumping migrants in the
desert. The Moroccan government began deporting sub-Saharan African
migrants in October 2005.

The EU wants Morocco to sign an agreement obliging it to accept the
return of migrants who passed through the country en route to an EU
country.

Spain returns unauthorized Moroccans under a bilateral agreement, but
most sub-Saharan Africans who arrive in Spain are given expulsion
orders and released. Most travel to mainland Spain and disappear in
the underground economy.

Spain has 44.3 million residents, including four million foreigners.
They included 505,000 Moroccans, 492,000 Ecuadorians, 314,000
Romanians, 269,000 Colombians and 225,000 Britons. The number of
foreigners in Spain rose from 1.6 percent of the population in 1998
to nine percent in 2005.

Spain's economy is booming, attracting immigrants as well as
Spaniards who had emigrated previously. Some 42,700 Spanish
citizens returned in 2004, including half who had been living in
South and Central America. In 2005, there were 3.7 million
foreigners registered with Spanish authorities.

EU Aid. The European Union provided aid to Portugal equivalent to
about three percent of GDP each year, a total of E50 billion, while
Spain received aid equivalent to one percent of its GDP a year, a
total of E90 billion. There is general agreement that Spain used EU
aid far more effectively than Portugal. As a result, Spain's per
capita income rose from 70 percent of the EU average in 1986 to 90
percent of the EU average in 2004. Portugal, over the same period,
raised its per capita GDP from 55 to 75 percent of the EU average.

Spain used EU aid to improve its infrastructure, linking the country
internally and with the EU, while Portugal expanded government
payrolls, so that a seventh of Portuguese workers are now employed by
the government. Spain appears poised for further economic growth,
while Portugal is struggling with a budget deficit that threatens its
continued participation in the Euro zone.

12 octobre 2005

Histoires d'immigrés I

Une pensée toute particulière à Larbi.

Son prénom n'a aucune importance sinon pour nous, ses amis, qui le côtoyons. Il est arrivé ici il y a quelques années. Pendant que la guerre déchirait la Somalie, il a été séparé de sa femme et de ses deux petites filles. Il a rejoint la Malaysie et a fait demande d'asile auprès du bureau du Haut Commissariat pour les Réfugiés. Puis, il a attendu, attendu. Il espérait aller en Europe, c'est le Canada qui a choisi sa candidature. Arrivé ici, il s'est intégré et a commencé à travailler avec des jeunes issus de l'immigration. Puis, il a reçu des nouvelles de sa femme et de ses jumelles. Elles étaient au Kenya. Il a fallu des années pour que la famille soit enfin réunie. Ce soir je pense à lui car demain il pourra enfin les prendre dans ses bras. Il y a quatre semaines, toute une salle a fondu en larmes lorsqu'il a pris le temps de raconter son parcours migratoire. Il faut écouter pour se rendre compte de la misère affective que vivent les réfugiés, la perte du capital social, des repères, la reconstruction identitaire, la culture qu'il faut comprendre, les codes qu'il faut assimiler. Demain, mon ami pourra enfin toucher sa femme, embrasser ses petites filles et recommencera un autre parcours celui de l'acclimatation aux siens avec des hauts et des bas. Mais qu'importe puisqu'ils seront enfin réunis.

11 octobre 2005

Ce continent dont nous sommes tous issus


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Plus envie de délirer, finies les vacances. Ces derniers jours ont été un vrai coup de cravache. Tout ce que je lisais me ramenait à mon Afrique, puis vinrent les bulletins de nouvelles et les horribles séquences. Que certains Marocains ne soient en rien sensibles à la question ne m'étonne guère, cela m'attriste tout au plus. Hey, takes every kind of human beings to make the world go around.
Ce matin, Laroussi nous relatait un des titres du journal Al Ahdath al Maghribia qui parlait des dangers qu'encouraient les Marocains au contact des migrants africains. Pshakh al lb7ar, j'ai rarement lu pareilles sottises. Qu'on se le tienne pour dit car après avoir sondé les propos du Professeur Himmiche voilà que le danger viendrait de la prostitution féminine des communautés migrantes qui nous le savons doivent survivre et donc vendent leurs corps. Cela voudrait-il dire qu'acheter les services sexuels de nos prostituées ramocaines zinzibaries ne représente aucun risque? Que seules les prostituées Noires Africaines sont dangereuses alors que les Ramocaines indépendamment de leur couleur ou du nombre de partenaires sont exemptes de maladies transmissibles sexuellement? Ceci est une forme de racisme des plus insidieuses car elle présente l'Autre en l'occurence le Noir comme porteur de danger. Il y a longtemps des rumeurs racistes circulaient au Maroc concernant les pélerins sénégalais qui parfois épousaient des Marocaines. On disait qu'ils étaient cannibales. Autre époque, autre rumeur. C'est ce qu'on appelle de la manipulation populiste des plus abjectes. Ras le bol de réaliser que plus ça change plus c'est pareil. Est-ce parce que nous sommes plus au Nord que nous ne sommes pas Africains pour autant ou est-ce parce que la majorité d'entre nous n'ont pas les couleurs de l'Afrique? Bref, je finis le billet en postant deux magnifiques poèmes.

Minerai Noir

Quand la sueur de l'Indien se trouva brusquement tarie par le soleil
Quand la frénésie de l'or draina au marché la dernière goutte de sang indien
De sorte qu'il ne resta plus un seul Indien aux alentours des mines d'or
On se tourna vers le fleuve musculaire de l'Afrique
Pour assurer la relève du désespoir
Alors commença la ruée vers l'inépuisable
Trésorerie de la chair noire
Alors commença la bousculade échevelée
Vers le rayonnant midi du corps noir
Et toute la terre retentit du vacarme des pioches
Dans l'épaisseur du minerai noir
Et tout juste si des chimistes ne pensèrent
Au moyen d'obtenir quelque alliage précieux
Avec le métal noir tout juste si des dames ne
Rêvèrent d'une batterie de cuisine
En nègre du Sénégal d'un service à thé
En massif négrillon des Antilles
Tout juste si quelque curé
Ne promit à sa paroisse
Une cloche coulée dans la sonorité du sang noir
Ou encore si un brave Père Noël ne songea
Pour sa visite annuelle
A des petits soldats de plomb noir
Ou si quelque vaillant capitaine
Ne tailla son épée dans l'ébène minéral
Toute la terre retentit de la secousse des foreuses
Dans les entrailles de ma race
Dans le gisement musculaire de l'homme noir
Voilà de nombreux siècles que dure l'extraction
Des merveilles de cette race
O couches métalliques de mon peuple
Minerai inépuisable de rosée humaine
Combien de pirates ont exploré de leurs armes
Les profondeurs obscures de ta chair
Combien de flibustiers se sont frayé leur chemin
A travers la riche végétation des clartés de ton corps
Jonchant tes années de tiges mortes
Et de flaques de larmes
Peuple dévalisé peuple de fond en comble retourné
Comme une terre en labours
Peuple défriché pour l'enrichissement
Des grandes foires du monde
Mûris ton grisou dans le secret de ta nuit corporelle
Nul n'osera plus couler des canons et des pièces d'or
Dans le noir métal de ta colère en crues.
(1956) © Présence africaine

Cher frère blanc,
Quand je suis né, j'étais noir,
Quand j'ai grandi, j'étais noir,
Quand je suis au soleil, je suis noir,
Quand je suis malade, je suis noir,
Quand je mourrai, je serai noir.
Tandis que toi, homme blanc,
Quand tu es né, tu étais rose,
Quand tu as grandi, tu étais blanc,
Quand tu vas au soleil, tu es rouge,
Quand tu as froid, tu es bleu,
Quand tu as peur, tu es vert,
Quand tu es malade, tu es jaune,
Quand tu mourras, tu seras gris.
Alors, de nous deux,
Qui est l'homme de couleur ?
Léopold SEDAR SENGHOR

Rapatriements forcés


Photo AFP


Les nouvelles du drame que vivent les migrants subsahariens sont des plus déchirantes. Cela fait plus de quatre ans que des documentaires en font état. Pour un pays qui compte aussi des migrants clandestins le Maroc ne peut se permettre de jouer au gendarme auxiliaire de l'Europe. Aujourd'hui, ils sont quelques milliers. Demain, ils seront des millions et parmi eux des Marocains. L'Afrique est le continent le plus ravagé que ce soit par des gouvernement corrompus à l'os, des guerres ethniques, des conflits pour le monopole des richesses diamant et or, Le HIV fait plus de morts que partout ailleurs, le nombre d'orphelins à cause du virus est en hausse constante. Nous ne pouvons rester insensibles et voir notre gouvernement se faire le complice de l'Europe. Il est urgent que le Haut Commissariat pour les Réfugiés s'implique. "L’Association Marocaine des Droits Humains (AMDH)organise le jeudi 13 octobre 2005 de 20h30 à 21h à Rabat (place de la poste Bv Med V)un sit-in de protestation et de solidarité." J'espère que la blogoma marocaine y sera et démontrera ainsi sa solidarité aux migrants qui souvenons-nous ne cherchent qu'à échapper à des conflits ou à améliorer leurs conditions de vie. Nous sommes tous des Haragas!
Loula



Abandonnés en plein désert marocain, puis récupérés in extremis, des centaines d’immigrants clandestins d’Afrique subsaharienne sont en cours d’expulsion, par avion ou par bus. Après plusieurs assauts contre les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, qui ont fait 14 morts au cours de ces dernières semaines, l’Union européenne est désemparée, l’Espagne est désorientée et le Maroc refuse de porter seul la responsabilité de l’intransigeance européenne.
Le millier d’émigrants sénégalais et maliens, dont le rapatriement vers leurs pays d’origine était programmé lundi, sont des rescapés. Pour un certains nombre d’entre eux, ils ne doivent leur salut qu’à l’indignation des organisations non gouvernementales (ONG) sur le sort qui leur est réservé et à la présence des caméras de télévision du monde entier accourus au Maroc après les assauts aussi désespérés que dramatiques lancés par les candidats à l’immigration sur les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla. C’est vraisemblablement en effet le spectacle insupportable de ces hommes et femmes enchaînés à bord d’autobus en partance pour nulle part, puis déposés dans le désert qui a provoqué la réaction salutaire.

Mort d’épuisement

Ceux-là comptent peut-être parmi les centaines de Camerounais, Nigérians, Libériens, Nigériens, Ghanéens, Guinéens, Bissau-Guinéens, Togolais, embarqués dans un convoi de bus qui font route actuellement vers le sud marocain, probablement vers la Mauritanie. A la mi-journée, lundi, l’ONG Médecins sans frontières les avaient repérés entre Agadir et El Ayoun, mais «nous ne savons pas où ils vont, ni s’ils vont s’arrêter», déclarait à l’AFP le chef de la mission, Javier Gabaldon. Un peu plus tard, un émigrant nigérian parvenait à communiquer avec la mission de MSF et signalait que son bus était arrivé aux portes de la ville. Selon MSF, il y a vingt-huit autobus et l’organisation estime que 1 400 personnes ont pu prendre place dans les véhicules.

Combien d’entre eux ont-ils payé de leur vie cette tragique aventure supplémentaire ? Le bilan est impossible à établir. Mais des témoignages parcellaires, et concordants, recueillis par les envoyés spéciaux des différents médias et les agences de presse font état d’un nombre indéterminé de victimes, mort d’épuisement. La question connexe est de savoir si il y a encore des Africains, candidats à l’immigration en Europe, en souffrance quelque part dans le Sahara marocain. A l’heure qu’il est, il est hautement vraisemblable que la réponse est positive en raison du fait que tous les déportés de la semaine dernière n’ont certainement pas été rapatriés.

«Un pays qui maltraite et tue»

Les autorités marocaines protestent de leur bonne foi et refusent de porter seules le fardeau d’être le dernier rempart de l’Europe en lutte contre l’immigration clandestine. Elles ne veulent pas non plus endosser seules la culpabilité des mauvais traitements infligés aux migrants. Son image est «gravement écornée» par les événements de ces derniers jours, estime le quotidien Aujourd’hui le Maroc qui constate que Rabat «passe à l’étranger pour être un pays qui maltraite et tue même les clandestins subsahariens alors qu’il est victime de ce mouvement migratoire sans précédent».

«C’est faux de dire que le Maroc abandonne des gens au Sahara. On essaie simplement de leur faire quitter le Maroc par les endroits où ils sont arrivés, c'est-à-dire l’Algérie», déclare un ministre marocain au Monde, sous couvert d’anonymat. Car, derrière la tragédie, la rivalité algéro-marocaine est toujours l’un des éléments avec lequel il faut compter.

«Nos frères subsahariens»

Aucune solution alternative à la répression n’est envisagée. Si la question du développement de l’Afrique a été évoquée comme l’explication la plus plausible au caractère massif et durable du phénomène, seul le bouclage hermétique des frontières continue de tenir lieu de politique anti-migratoire. Tandis que les Algériens annoncent la mise en place d’une commission de lutte contre l’immigration clandestine dans la wilaya d’Oran, limitrophe de la localité marocaine d’Oujda, les Marocains déclarent leur intention d’ériger un mur autour de Melilla. De son côté Madrid est désorienté : sa politique migratoire est qualifiée de laxiste à droite et d’inhumaine à gauche. Et l’Union européenne, qui vient d’envoyer une mission d’évaluation sur place, n’a rien à proposer.

L’Association marocaine des droits humains «condamne la coopération sécuritaire entre Madrid et Rabat (qui) protège et officialise les frontières artificielles entre le Maroc et les deux villes spoliées» (Ceuta et Melilla). L’AMDH dénonce «la violence barbare» qui, selon elle, s’exerce contre les migrants et s’élève contre le climat de «xénophobie» qui se développe à l’encontre «de nos frères subsahariens».


Georges Abou
RFI Article publié le 10/10/2005

08 octobre 2005

Dégénérations, Mes Aïeux(Victoire)

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C'est mon coup de coeur depuis quelques années. Mes Aïeux est un "band" unique alliant musique entraînante et paroles lucides. C'est la rencontre du patrimoine et du contemporain mariant musiques traditionnelle et moderne. C'est un oeil critique sur la société d'aujourd'hui, tout y passe au peigne fin. Chaque chanson en est plus qu'une car j'ai souvent l'impression de pouvoir toucher aux personnages, il y a là une mise en scène exceptionnelle. Les écouter c'est les aimer. Les voir en spectacle, alors là c'est la fiesta garantie! Bref, en espérant de tout coeur que ce soir ce sera la liesse dans les villes du Maroc.

Mwah

05 octobre 2005

La transloulienne


Ce médium je ne cesserai de le dire est magnifique, il vous permet d'être attiré par les pensées des uns et de rejeter celles d'autres. C'est un peu gratuit, mais vous allez à l'essentiel.
Et parfois sans que l'on ne le recherche fleurit une sorte de jardin que les êtres partagent à force de mots et d'émotions. Je me lasse souvent des choses et pas mal souvent des humains aussi. Difficile ou mal faite comme je suis, je cherche les brèches. Et depuis le temps, je fais l'aveugle car qui dit voir les lézardes chez les autres veut necessairement dire connaître les siennes.
Ce matin, je roulais sur le nouveau troncon de route et j'ecoutais Radio Tarifa, tout simplement delicieux comme mariage de sons et musique. Une union faite de 3oud, de tarr, de saxo, accordéon, derbouka, guitare, nay, bouzouki, tabla et autres instruments . Des instruments aux résonnances qui m'invitaient au voyage. Sur ce tronçon de route, j'ai refait le monde en respectant ma fougue pour les excès de vitesse, non pas ceux du code routier.
Mais les autres, ces urgences folles de voir tout le monde s'aimer et s'accepter.
J'ai banni les guerres, la méchanceté et la lâcheté. La sagesse trônait quelque part sur un autre rivage et elle vint a m'étreigner subversivement. Lancinante caresse que celle de la folie fougueuse. Un moment, vous conduisez et l'autre vous survolez votre vie, vous
défaites les cartes, devenez maitre de votre trajetoire. Revit en vous Kerouac et la route s'offre à vous. Séduisantes et séductrices, ses artères ouvertes ne demandant qu'à étre découvertes, défrichées, parcourues, ressenties, vécues. Les tambours du coeur investissent la forêt. Le vert, le jaune, l'orange et le rouge des feuilles commencent à danser lascivement. Les arbres se faufilent, se défilent, se rapprochent, s'eloignent, se refusent, se donnent, se cachent, se dévoilent, se dénudent, se rhabillent sachant que le vent les déshabillera dans deux semaines tout au plus. C'est pareil pour les certitudes, dès que vous pensez les avoir conquises, elles se rebellent, se révoltent, revendiquent leur différence, ne veulent plus faire partie de notre tête. Elles veulent tout simplement s'envoler aller en hanter d'autres, explorer d'autres êtres, sonder d'autres âmes, habiter d'autres esprits. Le feu alimenté par mes souvenirs crépite de nouveau. Les flammes léchent les visages aimés, dansent autour des lettres, les mots s'envolent, tombent, divin compost pour mes autres jardins.
Je ne sais rien, je n'ai jamais su et je ne veux pas savoir non plus. Me suffisent les artères d'autoroutes de la vie. Pourquoi avons nous besoin de certitude pour vivre? C'est la question à soixante mille tomates.

Essaouira: terre de remord



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Canciòn Sefardi, Radio Tarifa, Temporal (World Circuit/Nonesuch)
Dans l'attente de plus de renseignements, j'ai retiré l'appel en question. Je tiens à m'excuser auprès de ceux et celles qui ont pris le temps de poster des commentaires.

04 octobre 2005

Quelque part de par le monde


Halifax 2005

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J'ai retrouvé ce vieux texte, je le poste car deux êtres me manquent atrocement, le premier est mon frère de sang et le deuxième est mon frère des délires les plus fous ceux dont nous accouchons en jouant avec les mots. Ces deux hommes sont toujours présents dans mes pensées car ils sont mes véritables complices ceux avec qui je ris, je pleure, à qui je ne crains jamais de dévoiler ma nudité quand je suis contente, mélancolique. Bref, ce texte que j'ai retrouvé sur le net est dédié à Billa et Lachid.



Posant un regard sur la brume qui emprisonne la ville, la créature s'approche du pont. Timidement, elle essaie de voir ce qui l'attend. Les eaux sombres ondulent calmement. Des amoureux la frôlent, et pour un instant, son attention est détournée du cours d'eau. Lentement, elle se défait de son manteau, l'air froid la secoue et lui donne la détermination pour justement achever ce fragment de vie qui ne cesse de l'étouffer. Elle ouvre le sac, y fouille et en sort une bouteille, cherche longtemps l'ouvre-bouteille, le retrouve et ouvre la bouteille.

"On ne meurt pas tristement, faut avoir le vin gai et ce jusqu'au dernier moment, pas vrai beauté?"

Une première rasade pour réchauffer le corps transi.

"Une deuxième pour hâter les choses, beauté! Courage, qu'on en finisse et au plus sacrant!"

Elle remarque les passants qui la dévisagent, se sent mal à l'aise de se retrouver sous les regards inquisiteurs d'étrangers.

"Fais pas attention, juste de minables voyeurs. Je te parie qu'ils ne lèveraient même pas le petit doigt si tu te faisais dépecer. Ils doivent s'imaginer chanceux et penser que tu es un de ces anges déchus. Ignore-les. De toute façon, t'as mieux a faire que de t'occuper des sans visages."

Le gosier réchauffé, le vin faisant son effet, la créature est inondée d'images sonores.

"Row row, row your soul roughly down the stream."

"Approchez, approchez. Venez vous faire berner par le tango virtuel, malandros venus de loin, gloutons de mots et avares de sentiments. L'action ne se passe pas nécessairement sur la scène."

Prenant son courage à deux mains, elle prend un cahier quadrillé, le kounache dirait son Frérot, oui toi, toi. Toi mon frère, toi qui a le don de trouver les mots qui me manquent tout le temps. Toi qui très souvent m'émeus, toi mon complice. La voix si proche porteuse de la poésie d'Adonis, de Mahmoud, de Nizar de cette langue qui est nôtre et que je redécouvre, de cet orient celui que je recherchais à travers mes coupes levées en direction de l'est.

"Au rendez-vous manqué, pas mal comme entrée de jus, tu t'améliores petite. Applique-toi, je n'arrive pas à lire cette écriture patte de mouche."

Je pars ou plutôt tu disparais. Je ne suis pas mortifiée, mais très heureuse. Un poids en moins

"Menteuse, avoue que tu l'as dans la peau cette terre. Avoue pour une fois combien t'en es amoureuse"

Je pars pour ne plus te parler, pour ne plus t'écrire.

"Comédienne, tu ne crois tout de même pas qu'elle tombera dans le panneau! Fous lui la paix pour une fois! Tu lui reproches quoi au juste? Son silence?"

Je pars avant que ton mutisme ne finisse de m'achever. Je cours vers ma perte, mais sans toi pour me sortir du pétrin. Petite voix tapie qui ne cesse de m'emmieller, je t'ordonne de te taire. Les espaces n'aiment pas! La terre ne nourrit que celui qui la travaille de ses mains, sinon la mauvaise herbe s'en empare.

"Quelle teigne cette fille, gâcher du si bon vin! Bois et pense à ce soir. A la fête que tu vas t'offrir dans quelques minutes."

Y aura plus de fête, j'ai trouvé mon havre! J'ai longtemps erré et souvent ton sol me manquait, tes odeurs me manquaient, tes couleurs. Je te pensais changée, mais tu es à l'image de ce que j'ai laissé derrière moi il y a de cela des millénaires. Spectatrice, tu me fais penser à ces voisins tapis derrière leurs persiennes, agglutinés et essayant d'arracher les secrets aux murs lézardés. Je t'aime, mais je te quitte comme j'ai quitte mon Afrique, le ventre de ma mère, mon enfance, mes rêves excisés. Car tu me rappelles trop souvent cette économie du verbe pratiquée à outrance. Tu parles à huis-clos, tu nous regardes nous défaire, tu assistes à la moindre des métamorphoses et tu restes indifférente, dans ton petit coin attendant toujours à ce que les mêmes prennent l'initiative et viennent chatouiller ton quotidien. Je pars car je ne puis te concevoir inchangée, je pars avant de te détester, de te réduire en poussière dans cette mémoire qui te voudrait aussi belle que le ciel qui nous a vus naître.

Je te quitte ma terre, non pas parce que je n'ai plus rien à te dire, mais parce que tu ne dis jamais rien. Tu attends que la folie s'empare de nous et que tu deviennes Jamaâ El Fna, tu attends jedba qui ne viendra probablement jamais. Et pourtant voilà de quoi nous aurions besoin, une jedba collective! Laisse-toi aller, laisse tes voix parler, et en avant la transe!

Je te quitte car de nous deux c'est toi qui as besoin de déchirer les voiles du silence. Les miens sont depuis longtemps semblables à ces rideaux de tulle emportés par les vents océans.

"Bah, qu'est-ce-qui te prend la môme? C'est-y-le vin qui te monte à la cabeza?"

Ta réalité est bien plus assommante que n'importe quel alcool. Tu comprends? Je veux me défaire de toi avant de sortir mes méchancetés. Avant que ne gronde en moi la rage de te voir vivre! Oui, vivre, je veux te voir vibrer, mais non tu restes là, vierge effarouchée, tu consens, tu nous regardes, tu nous bouffes un peu à chaque fois que nous te parlons, mais tu ne donnes rien en retour. Toujours cette fausse pudeur, cachée derrière tes persiennes imaginaires, tu guettes, tu soupèses, tu ris. Il t'arrive même de pleurer, mais tu ne dis rien. Et le silence tue même le plus vaillant des interlocuteurs. Je ne te demande pas de te prononcer, je rêve de te voir t'exprimer, tu comprends, je rêve du jour où les êtres que tu es, se décideront à parler. Tous ensemble, avoue que ce serait beau quand même! Ce serait jour de liesse! Je veux te voir vivre et jouir de cet espace qui t'es donné. Mais non, tu restes là, à zyeuter, toujours zyeuter. Veux-tu une confidence? Tu me rappelles mon enfance et mes copines trop prudes, toujours prêtes à assener un coup de massue à celle qui s'exprimait en toute liberté. Tu persistes à vouloir être muselée. Tu vois, je te quitte car je veux vivre, mon amour pour toi m'étouffe et je ne veux pas en sortir exsangue de toute vie.

Je veux rester là sous le ciel étoilé m'imprégner de jasmin et de laurier rose, je veux vivre et goûter à chaque fraction de seconde ton arôme aux premières pluies. J'aurais tant aimé te savoir harmattan ô belle contrée. Je te quitte, les bras chargés d'amour et de tendresse. Ici, se sont joués de grands moments de nos vies. Je te quitte, mais n'aie crainte je te reviendrai sûrement un jour. Je pars, mais j'emporte avec moi tes visages. Petites cartes vallonneuses. Ce soir, je vais rejoindre mon frérot de l'autre côté de la vie, assis dans ce petit jardin nous écouterons les criquets, nous compterons les étoiles malgré le ciel blafard aggressé par de multiples néons. Nous referons l'histoire de cet autre espace que tu es, notre terre, notre mère, nous sommes tes bâtards que tu sembles renier. Je lui raconterai l'histoire de la chamelle protectrice des Bouhiawa, des Regraga, des Cohen et des Ammar, du théâtre Cervantes et du Petit Socco. Nous voyagerons dans le temps, à travers d'autres espaces. Nous dévalerons lcoudia soulevant sous nos pas laâjaj et nous serons sans aucun bagage. Rien, sinon notre mémoire, toi qui nous colle à l'être, que nous refusons de voir dépérir. Me vient souvent cette image en tête, un espace gris où renaîtrait l'espoir celui de la folie, de l'oralité, des conteurs. Celui-la même que l'on essaie d'étouffer. Je ne veux pas d'un scénario à la Orwell, basta les big brothers! Viens frérot, là-bàs tout près d'ici, la lagune nous attend. On y va en caravane, on invite les fous comme nous et qui veut bien partager avec nous la beauté du soleil levant au milieu des vagues fracassantes. Le vent ramènera les voix venues d'ailleurs, ces voix de sirènes que les bahris ne cessent de décrire. Pauvrissimo d'Odyssea, si seulement il avait pris la peine de les écouter. Nous apprendrons que pour voler tel un oiseau, pas besoin d'ailes rafistolées à la cire. La liberté est ici dans nos petites têtes et ce soir, j'ai décidé que j'en avais assez de mourir. Alors, je ferme les yeux, je déploie mes ailes et nous retrouverons la-bas au Safran et Cannelle, ou ailleurs, là où tu voudras.

Chabbiiiik labbiiiiiiik, en avant toute! Sans rancune ma terre, je te porte encore, nous te reviendrons après notre envolée, tout dépendra des ogres, des mutants qu'il y aura sur notre chemin. Et qui sait, peut-être parviendrai-je à te reconnaître un jour même si tu ne sembles jamais te souvenir de ceux que tu enfantes.

03 octobre 2005

Il est revenu!

Larbi nous est revenu! T'en fais pas Larbi, je suis courbaturée, mais de très bonne humeur.

Mwah

Quand la fatigue s'empare de Loula



Vos mots dagues dessinent passages
où s'entremelent larmes et volupté
Vos mots armes annoncent ravages
des sens et éveil des sensibilités
Poètes, écrivains
Mon être pour parchemin
Inscrivez-y en lettres rouge vin
Vos mots fous sur ma mémoire écrin

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01 octobre 2005

De retour


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700kms de parcourus avec en prime les couleurs de l'automne, les vraies. Des images plein la tête, tellement à raconter, mais il faudra attendre quelques heures pour tout relater. Notre coloc d'antan arrive dans quelques minutes, nous ne l'avons pas revu depuis 14 ans. Ce soir, c'est la fête à Khmiss Batata, nous parlerons français, anglais, amharique et arabe. Bref, une vraie sauce multiculturelle dont le secret est détenu par tous les humains, mais que nous oublions d'utiliser par paresse, peur/mépris de l'Autre, crainte de perdre ce que nous sommes (je dois avouer que j'ai beaucoup de problèmes à digérer cet état de fait) etc.
Bref, j'avais envie de m'excuser auprès de Sun Li, j'ignore ce qui s'est passé en inscrivant ton adresse, mais j'attends:-)
Dire bonjour à Luc et Lou, j'ignorais que j'avais été nominée, mais je dois me désister car il y a tellement de blogs intéressants et passionnants dont celui de Lou que j'aimerais voir primé, n'est-ce pas Sun Li?
Mwah et à demain, nos amis sont arrivés!