Hier, la nouvelle est arrivée dans un filet de presse à la radio. Puis, à 8am nous avons appris que tu étais d'ici. Puis, le courriel donnant ton identité est arrivé. Tu étais tout fier d'aller voir ta grand-mère pour lui apprendre la victoire de ton équipe de hockey. Tout fier, tu as enfourché le véhicule tout terrain et tu es parti comme tu l'as fait plusieurs fois. Seulement, le véhicule qui devait te mener quelques centaines de mètres a interrompu ton trajet et ta courte vie. Oui, on parle des VTT encore et encore. On dira que tu n'avais pas l'âge. Mais cela te ramènera t'il pour autant.
Tes camarades garderont en souvenir ton sourire et ton rire. Tes professeurs, ta candeur. Les drapeaux de l'école sont en berne. Tu es parti trop vite. Et je n'ose imaginer le vide que tu laisses derrière toi. Je n'ose imaginer le désarroi de tes parents et aucun de nous ne sait quels mots prononcer. Il n'y en a aucun, crois-moi. Sinon que la vie est mal faite et qu'aucun parent n'est supposé vivre plus longtemps que son enfant. Dors bien, petit ange.
28 novembre 2006
26 novembre 2006
Mémé toi-même! Prise 3
M, Les Triplettes de Belleville
Les jeunesses et tout le charivari masturbation lexicale prise 1
Un petit grain de poussière. Solitaire, minoritaire, victime du nombre. Le temps, cet assassin me rappelle que nous ne sommes que des brindilles éphémères, des joncs, de la mousse. Je suis un corps qui n'a cessé d'enfanter. Ma tête porte plusieurs enfants qui ne cessent d'exiger que je les cajole, les nourrisse, les protège. Elles têtent mes vies passées, s'en nourrissent pour se frayer un chemin hors de moi. Je les recherche, elles m'échappent, je les confronte, elles m'attaquent, elles sont mon extension, elles refusent ma raison, elles vivent en moi, elles squattent mon corps, se délectent de mes fantasmes en font des pancartes de manifestations, s'en servent pour monnayer le désir, se noient dans des plaisirs artificiels, rient de ma naïveté, elles portent mon parfum, parlent ma langue, partagent mon regard, elles courent dans mon sang. Elles sont mes entrailles, ma chevelure, mon sexe, elles courent le long de mes jambes. Elles me renient, elles me déportent, investissent mes hanches et planifient leurs propres progénitures. Elles se servent à même mes souvenirs. Elles font l'inventaire de mes années, de mes nuits blanches, de mes fantasmes encore une fois et deviennent proxénètes, me reprochent de flétrir alors qu'elles sont encore jeunes, elles se parent pour mieux me ramener devant les miroirs qui confirment qu'elles sont le futur. Entre mes épaules reposent les affres du temps, je survis et persévère. Elles séduisent les passants en les effleurant, elles les caressent du regard, je tente de m'échapper. Je subis les affres du temps, leur remontrance, je me cherche ailleurs, elles ont accès à mes secrets, je suis leur bête. Je m'expatrie en les fuyant, je suis une double apatride, je fuis mon corps et n'ai pour unique référant que les rites que ma tête veut bien répéter. Elles sont mes intruses, mes insoumises, les graines de la rebellion, les fruits de la colère, les refus, elles m'annulent, m'effacent.
Mourir d'amour, de plaisir, de bonheur, c'est ma nouvelle maladie, la mort est une naissance à rebours, un labeur, des contractions utérines, une projection, une progression vers ailleurs. Je fouille le sol, je ne prie plus, j'improvise toute sorte de prière, à qui de droit et à l'amour. Apprendre la mort, apprivoiser l'attente, se laisser dompter par la détermination du temps. Compter les jours, les mois, les rides, les vergetures, les cheveux gris, les rides et les sourires qui les enfantent. La boue m'emprisonne, je cherche la source de la vie, je la retrouve, elle est matière. Je ferme les yeux et me noie dans le désert. Je n'ai plus de doutes, je les laisse, elles courent vers les miroirs et désemparées se maquillent d'un brin de candeur edulcorée, d'une once d'innocence délavée et d'un humour déconcertant. Dis, est-ce bien cela devenir femme? Fin de ma masturbation vu que le texte est repris.
Puis ce soir, ma fille me montre fièrement sa conjugaison du verbe, tenez-vous bien-attachez vos tuques et vos ceintures-, du verbe forfaire. Awaaaahhh, je jette un coup d'oeil et je dis: princesse chérie, j'ai le regret de te dire que le verbe forfaire ne s'utilise qu'à l'infinitif et aux temps composés.
Elle me toise, za3ma toi la vieille tu radotes tu n'y connais rien aux verbes. J'encaisse le coup et lui demande d'entreprendre toutes les recherches.
Ma belle, on déclare forfait, mais jamais ne dit-on je forfais ou je forferai. Malgré les preuves que j'apporte elle me toise encore. Du coup, j'écris une note à la prof. en lui demandant d'expliquer la nuance à ses élèves. Moi, je n'enseigne plus, mais je refuse qu'on enseigne de la bouillie à même les fonds publics. Awah, je forferai c'est comme l'autre qui disait reste faire (pour laisser faire or let it be).
A suivre za3ma à la réception de l'explication de la prof qui a donné un 98% pour un test où le verbe forfaire était conjugué au futur, je forferai tu forferas il forfera et ainsi de suite.
Et demain, boulot le premier qui me demande de revoir un texte, je le bute. Je ne fais plus de révision pour quiconque parce que j'en ai marre tout simplement de ceux et celles qui s'amusent à me dire que le lecteur ne comprend que certains mots. Awaaaaah, je ne supporte plus la médiocrité à la sauce populiste. Ah! Je vous vois vous gratter la tête, vous n'habitez pas le Nouveau-Brunswick, bein voyons ça saute aux yeux!
Retenez-moi avant que je ne déclare forfait!
23 novembre 2006
Adieu le bienheureux

300ème billet et cela tombe justement en apprenant ton décès alors que je me disais une pause s'impose. Et qu'est-ce que tu as pu me transporter! Je te tutoie par affection et respect. Tiens, j'imagine que tu peux me lire alors je vais te raconter la première fois que je me suis amourachée du grand que tu étais. C'est en visionnant Alexandre le bienheureux. Avec ton physique, ton indolence tu crevais l'écran de tant de naturel. Puis, t'es devenu mon préféré du cinéma français. T'avais d'un regard détrôné Simon, Brasseur. Tu partageais le podium avec Raimu. Puis, j'ai commencé à courir pour pouvoir te voir sur les grands écrans. J'en oubliais mon paraphuie, mes gants, mon sac et même un amoureux, tu t'imagines sa tête quand je lui ai avoué que j'étais allée retrouver mon géant aux yeux doux dans l'obscurité d'une salle de cinéma.
Parce que tu avais ce don si rare, celui de plonger dans tes personnages jusqu'à les rendre plus vrais que nature. La touche magique avec ce regard de cocker triste, mais combien intelligent, ta voix paresseuse, ton sourire. Je t'ai adoré dans Coup de torchon, idolâtré dans Cinéma Paradiso, aimé dans Les ripoux, j'étais émue aux larmes en te voyant jouer Père et fils. Je n'aime pas les adieux, mais puisqu'il faut bien je te dis les grands ne meurent pas vraiment, ils ne font que prendre la place qui leur revient dans le firmament.
22 novembre 2006
Voilà ce que ça fait de suivre les téléséries américaines
Prendre une pause c'est aussi prendre du recul, mais cela ne veut pas dire oublier ceux et celles que j'aime lire. Je vous invite à visionner De Hollywood à Tamanrasset, un film algérien qui date, mais absolument sympa.
18 novembre 2006
Ce blog est temporairement en panne

On me demande souvent ce qui fait la beauté de mes journées. Je ne sais jamais quoi répondre. Qui choisir. Et puis pourquoi choisir? Aujourd'hui, journée radieuse car cela a commencé avec un forum sur la jeunesse et le visage de Mia. Chaque journée apporte son lot de joies, de petits tracas, mais le plus important n'est-il pas de vivre chaque moment comme s'il était le dernier? Une journée à se prélasser, non, mais Loula tu nages dans le bonheur que me dit ma petite conscience. Je prends une pause de ce blog. Histoire de me ressourcer et lire autre chose. Voguer et découvrir d'autres cieux au lieu de lire ceux et celles qui sont originaires du même coin d'univers que moi, je suis haraga dans l'âme 3cha9a mellala faut pas m'en vouloir. Mon blogueur préféré a cessé d'écrire depuis un moment. Mon autre blogueur préféré prend une pause. Il y a les inconditionnelles, eh oui trois nanas en or qui se reconnaîtront. Bon, basta, je mwah les mwahables qui se reconnaîtront et je souhaite à ma mère le plus merveilleux des anniversaires!
Elle est née un 18 novembre 1942 dans une ville balayée par les vents marins, Safi. De parents on ne ne peut plus différents. Lui, Moulay Mbarek, Doukkali ayant roulé sa bosse en construisant des maisons et des avenues dans une ville du nord, balancée par les vents, adulée par les occidentaux, enfin les autres ceux du nord, même si lui était aussi un occidental. Il avait découvert Tanger et s'en était amouraché en poussant l'audace jusqu'à demander la main de celle qui le frappa d'une pierre. En fait, à part le bleu de ses yeux et son argent, il restera à jamais pour sa belle famille le gars de l'intérieur, le 3roubi, le Doukkali.
Elle Fatema bent Rabah El Amrani, mélange de tangérois et de kabyle. Etudiante infirmière, fière et racée qui sans doute ne pardonnera jamais à son père de l'avoir vendue à cet homme à qui elle faisait des scènes de ménages dont les plus vieux se souviennent. Ils en eurent des enfants. Roqaya, Mohamed Larbi, Zohra, Malika, Zayneb, Zoubida, Sakina, Zoubayr et la dernière qui n'aura ni la chance de connaître son père ni de profiter de l'affection de sa mère, Farida.
Elle est donc née un 18 novembre 1942, a bu du lait en poudre que les soldats américains offraient. Se souvient de 3am lboune, les temps de disette où il fallait faire la file, présenter son bon pour obtenir de la nourriture. Elle se souvient
des files. Une pour les Français et une pour les Indigènes. Fatema, sa mère, dans son haik immaculé se faisait dire: Fatma, ici c'est la file des Français. Elle répondait invariablement: La Fatma s'appelle Fatema et elle est française aussi. Les Safiots nommaient sa mère, la Tangéroise. Parce dans ce temps là tout ce qui n'était pas natif de la médina était nécessairement étranger.
Puis, ses parents décèderent. Orpheline, elle devint une bouche à nourrir. Un enfant qu'on renvoyait le soir venu à la maison familiale où il n'y avait aucun adulte.
Lorsque je lui pose des questions sur son enfance, elle me répond qu'elle n'a pas eu d'enfance sinon pour quelques brides de souvenirs dans cette impasse où cohabitaient Portugais, Espagnols et Marocains.
Elle fut mariée à quatorze ans alors qu'elle jouait à la marelle. Elle fut envoyée dans une ville qu'elle ne connaissait pas, Marrakesh. De son adolescence, elle ne se souvient que du travail, des longues journées à nettoyer. Sa belle-mère voulait en faire une femme modèle. Elle ne voyait ce mari que lorsqu'il revenait de Rabat. Et à chaque fois qu'il lui demandait ce qu'elle voulait faire elle répondait manger des patisseries. Ce n'est qu'à l'âge de dix-sept ans qu'Abdelhadi prit la décision de prendre une maison à Marrakesh. Elle fut donc seule chez elle dans cette rue de Cadi Ayad tout près du petit marché. Puis, vint le départ pour Rabat, le travail et les enfants (mon frère et moi) et ensuite la vie, sa vie, la nôtre et nos vies.
Parce qu'orpheline, Mia n'a jamais cessé d'essayer d'égayer la vie de ceux qui la côtoyaient. Nous lui reprochons souvent en la taquinant son sérieux, mais nous savons pertinemment bien que sans son sérieux et sa discipline nous ne serions pas ce que nous sommes. Elle a le don d'aplanir les obstacles. C'est bien simple, il lui suffit de me dire de ne pas m'en faire pour que je sois réconfortée. Elle est l'unique personne qui semble lire en moi même lorsque je tente parfois de lui cacher ce qui me tracasse. Elle a fait preuve d'une abnégation sans bornes pour ses enfants. Elle a vendu héritage et possessions pour que nous puissions étudier. Elle a sacrifié sa vie de jeune femme pour nous assurer le bonheur. Elle dit qu'elle n'aurait pu faire autrement. Que son bonheur passe par nos sourires et notre stabilité affective. Elle a assisté à la naissance de ses petits enfants. Elle les couve d'amour et établit des dialogues avec eux dont seule elle en est capable. Il suffit qu'elle m'embrasse ou me caresse la tête pour que la vie devienne une magnifique toile de Monet.
Je pourrai en parler des heures. Cette femme est un roc. Et pourtant, elle me dit toujours que c'est naturel de se comporter comme ça lorsqu'on est mère. Non, je ne pense pas que cela soit donné à tout le monde. Je sais seulement qu'elle est ma force et ma faiblesse. Mon temps calme et mes ouragans. Elle minute mes intempéries et ensoleille mes cieux maussades. Elle est plus que ma mère. Elle est ma confidente, ma conseillère et surtout ma meilleure amie.
Aujourd'hui, j'ai laissé un message sur son répondeur en espérant lui parler dans quelques heures. Je n'aime pas les anniversaires lorsque je ne suis pas près d'elle. Je n'aime pas cette distance physique qui nous sépare. Et pourtant, je suis heureuse car la vie nous offre encore une fois la chance de nous parler. Je sais que viendra le fatidique moment où la mort en décidera autrement. La disparition de mon père en fut la plus cinglante des leçons. Alors, Dieu, la providence, Bouddha, El.., Krhisna, la maladie, la vieillesse, les accidents de la route et à qui de droit, laissez nous encore quelques années d'amour et de bonheur. Aux enfants de pouvoir courir vers elle et lui dire Mia je t'aime. A mon frère de pouvoir se blottir dans ses bras, à mon Jules de pouvoir se plaindre à elle de mon sale caractère. A ces nièces et neveux de pouvoir se remémorer leurs parents à travers elle. Et puis, moi je ne demande rien,son sourire suffit à faire revenir les embellies.
15 novembre 2006
Tuitans! Mémé toi-même! Prise II

Source: www.ina.cnr.it
Me priverai-je, moi l'épicurienne faisant dans le stoïsme? Une fois n'est point coutume. Dans la vie, faut savoir assumer ses contradictions que me disait mon défunt paternel. Il avait cette habitude de m'appeler et de m'envoyer de ces petits mots dont seul lui détenait le secret. Mais bon, étant pudique de nature, je converserai avec mon adorable papa sous le ciel qui n'en finit pas d'être maussade.
Incapable de dormir hier soir, faisait trop chaud. A force de chauffer au bois et à force de subir la chaleur incroyable en cette mi-novembre (le monde à l'envers 12°!), ai préféré ouvrir un livre ennuyant pour pouvoir m'endormir. J'ai fini par courtiser le sommeil qui s'est enfin pointé vers 3am.
Me suis réveillée entourée de mes amours qui me faisaient des mamours. Une ondée de bisous tendres par un matin pluvieux. Je suis née un jour de pluie et s'il neige pas, s'il ne caille pas, il pleut forcément. La princesse se porte volontaire pour le menu de ce soir. Le prince, gauche à cause de ses treize printemps, m'embrasse en rougissant. Jazz me fait la fête. Mon légitime, les yeux doux. Serait-ce le printemps? Non, je n'aime pas le printemps car j'ai hâte à l'hiver et sauter de saisons comme l'an dernier ne me plait pas du tout. Je veux un ciel maussade à souhait, qu'il fasse frisquet et que reviennent les bonnes vieilles saisons.
Mia m'interdit de dire mon âge en me reprochant de la vieillir. Nabil m'envoie le premier message de la journée, il n'oublie jamais personne le Nabil. Suit celui de mon amie, celle qui a toujours le mot pour rire. Puis, celui de mon ami qui exige en plus que je ponde un papier de deux pages comme si je n'avais que cela à faire. Le concepteur graphique fait un tour et aime bien mes idées qu'il promet de mettre sur papier. Mon Jules téléphone et demande si je passe manger à midi, yes my love will be there. Mon pc fait des siennes et j'attends son remplaçant avec impatience, demain demain..
Faudra courir pour aller porter princesse et prince aux cours de piano et chant. Sortir Jazz qui est contente puisqu'elle a hérité d'un os ce matin et qu'elle refuse de s'en départir. Cogiter quant au menu de ce soir. Léger, avec des poivrons rouges crus. Bizarre, moi qui détestais les poivrons voilà que j'en savoure au moins 5 par jour. Consulter le courrier, payer les douloureuses, finaliser mon compte de dépenses qui frise un montant que je n'ose révéler. Ne pas oublier le papier pour dégoter un peu de sous, surtout pas. Répondre aux télémarketeurs qui appellent toujours vers 6pm que Loula est en voyage et que son conjoint aussi, que je ne suis que la gardienne. J'ose pas les envoyer balader, déformation éducationnelle. Appeler mon adorable Mia et la remercier de tant d'amour. Finaliser les rapports, vérifier la liste des envois. Se mettre à table. Parler un brin de la journée, vérifier les devoirs, signer les cahiers et les tests. Rire un bon coup en famille, les embrasser, les taquiner, leur dire je t'aime. On ne dit jamais assez je t'aime à ceux que l'on aime. Ne pas oublier le documentaire sur Castro qui passe ce soir sur le canal Documentaire, me servir un verre. Embrasser mes amours, leur souhaiter bonne nuit. M'asseoir avec mon Jules quelques minutes. Me dire que la vie est belle. Une famille adorable, une Mia unique, un frère en or, une chienne carrément fofolle, des amis toujours présents, un boulot que j'adore, de quoi manger, de quoi se vêtir. Que demander de plus? J'ai fait ma capricieuse cette année, j'ai seulement demandé une séance de massage chez la massothérapeute du coin.
Allez, ma vieille, une fois n'est point coutume. Je me souhaite un bon anniversaire et avec un peu de chance je remettrai cela l'an prochain.
14 novembre 2006
Mémé toi-même!

Aujourd'hui, j'ai pensé surtout au ras le bol de Larbi et à l'intolérance. Au petit jeu de certains de commencer par revendiquer les droits de l'Homme(à mon avis l'humanité dans son concept est une foutaise phénoménale) pour ensuite museler toute pensée 'dissidente'. Parce qu'avec certains, je dis certains, il faut faire attention à ce que l'on écrit.
Etant de la génération fin baby boomer, je ne peux que me lamenter (eh oui, devant les jeunesses pimpantes faut savoir s'effacer, mais je reviendrai sur ce sujet plus tard) de tant de vergogne de la part de certains pour qui plusieurs d'entre nous sont montés aux barricades. Alors, faut savoir, les démocrates comptent-ils pour des prunes? Quand donc ce vent de bastonnade verbale cessera t'il?
Parce que pour les avoir d'or, faut encore raisonner et débattre. Or, ce qui caractérise notre bonne vieille société c'est justement l'absence de profondeur dans les échanges. Des gosses vides, malheureusement.
Du coup, je me demande ce qu'il faut bien écrire. Tiens, faire dans le torride et mériter la mention honorable de pornographe alors qu'il est question d'érotisme? Parler de la spiritualité et se faire mettre au bûcher par des inquisiteurs nouvelle vague? Faire dans le froufrou, pas la dentelle, le froufrou verbal?
Me vient une idée, faire un peu de tout et dire à ceux qui ne trouvent pas les sujets de leurs goûts to get lost:-)
Pour certains d'entre nous bloguer n'est pas un effet de style, encore moins une quête identitaire. Ce médium ne devrait en aucun cas faire effet de cocon ouaté. J'en ai marre du nombrilisme culturel, de la cadence politiquement correcte, de la devanture qui ne sait pas cacher ses laideurs au lieu de les assumer, des gargarismes et de la masturbation intellectuelle (onanisme fait pompeux). Je n'ai jamais carburé à l'hypocrisie et ce n'est certainement pas sur cet espace que je vais commencer.
Halte à la sénilité rampante qui sclérose nos espaces!
10 novembre 2006
Cuba Mi Amor

Cuba, j'en suis tombée amoureuse. Rarement, m'ait-il été donné d'apprécier à ce point un pays ou un peuple. Peut-être est-ce du au fait de mon éducation, ou encore à mes convictions idéologiques. Je n'en sais strictement rien, je sais seulement que je suis allée à la rencontre d'un pays et qu'à travers ses habitants j'ai pu découvrir bien des réalités et ai pu aussi ressentir bien des émotions.
Certes, confortablement installée dans l'opulence occidentale il me serait pourtant facile d'émettre des jugements défavorables à l'égard du régime. Ce serait injuste car que nous le voulions ou pas il ne nous appartient pas de penser pour une nation. Durant mon voyage, j'ai entendu dire autour de moi que le pays était pauvre. Je dirai qu'il est appauvri par le plus cruel des embargos. Castro, ne cédera pas le pouvoir même si malade et certes tant qu'il y aura le voisin du nord et la diaspora cubaine il y aura matière à propagande. Mais Cuba n'est pas le seul pays à avoir pour cible propagandiste les USA. Et la politique étrangères des USA n'est pas faite pour s'attirer des amitiés.
Cuba malgré l'embargo n'est pas similaire aux pays du tiers-monde ou quart-monde. Le pays est encore reconnu comme égalitaire. En dépit de l'embargo et la chute du Bloc de l'est, Cuba maintient sa politique d'universalité des soins de santé et d'éducation. Cuba c'est aussi un pays qui subventionne la nourriture et distribue des carnets de rations (libreta). Si le taux mortalité infantile est l'un des plus bas de l'hémisphère nord, l'apport calorique a baissé durant les dernières années et les premières victimes sont les enfants, les femmes monoparentales et les personnes âgées. La libéralisation du marché contrôlée par l'état, le travail autonome de plus en plus présent, l'avènement de partenariats avec des firmes étrangères, la privatisation de quelques entreprises agricoles ont certes aidé l'économie du pays, mais la majorité des Cubains ne possèdent pas de pouvoir d'achat. Ceux et celles qui ont à faire avec les étrangers ou encore sont entrepreneurs possèdent un pouvoir d'achat dans la mesure où ils peuvent se procurer des produits payés au prix fort avec la monnaie c.u.c. dans des magasins identifiés. Cette monnaie est alignée sur le dollar us plus 8%. Pour ceux qui ne possèdent pas de c.u.c, restent les magasins d'approvisionnement où l'on ne trouve pratiquement rien ou encore les étals privés des producteurs qui ne sont pas à la portée de tous. C'est dire que l'écart des revenus est bel est bien présent. Cuba est aujourd'hui pris en étau entre des valeurs communistes et celle du libre marché. Il va sans dire que l'absence d'opposition officielle n'est pas pour arranger les choses. Contrôle de la presse, contrôle des communications font que les échanges avec les Cubains se font difficilement. Pour tout vous dire, je n'ai pas osé une seule fois abordé la problématique. D'un, je ne pouvais m'ingérer de cette façon et de deux je ne connaissais pas du tout la réalité pays pour en débattre. Puis, il faut se dire que si les gens n'abordent pas eux-mêmes ce volet, il est de bon goût de s'abstenir de porter des jugements. Je suis mal faite, mais c'est ainsi. Les Cubains sont préoccupés à assurer leur subsistance qu'ils n'ont eu ni l'énergie ni le goût de débattre de politique avec une embourgeoisée comme moi.
Fidel Castro est, contrairement à d'autres dirigeants, invisible. Aucune effigie, juste quelques affiches lui souhaitant bon anniversaire. Le culte de la personnalité n'est nullement nourri, mais les Cubains le chérissent car il a su malgré les problèmes économiques assurer l'universalité des soins de santé, de l'éducation et de l'alimentation. Il ne faut pas se leurrer, il est omniprésent, mais sans imposer son portrait. Et il y a dans chaque quartier un comité de défense de la Révolution, c'est dire..
Ce n'est pas rien pour un pays de nourrir avec des lettres de crédit 11 millions de personnes. Les seules richesses du pays sont le nickel, le tabac (et laissez-moi vous dire que j'en ai appris beaucoup sur la culture du tabac), la canne à sucre, le café, les agrumes, le tourisme et surtout les Cubains. On avait prédi la chute du système après la chute du mur de Berlin. Castro a maintenu son régime malgré une dette extérieure effarante pour un si petit pays, plus de 13 milliards de dollars usd et quelques 20 milliars usd que la Russie réclame encore. L'avenir de Cuba est incertain selon certains. Raúl, frère de Fidel en assurera la succession avec les vieux et jeunes convaincus de la politique actuelle. Les exilés installés à quelques cent kilomètres n'attendent que la disparition de Fidel et faut craindre de ce côté et qui ont par le passé commandité des actes terroristes . L'administration américaine aussi sous prétexte de liberté guette et attends de sévir, mais ne nous trompons pas c'est plutôt la réaction d'un pays dont la fierté semble bafouée par El Jefe et les Cubains, en somme par un tout petit pays voisin qui lui tient tête. Cela n'empêche nullement les compagnies agro-alimentaires américaines de commercer avec Cuba et elles sont nombreuses. Mais, il ne serait de l'intérêt de personne que Cuba retourne en arrière. Je doute que ce soit le cas pour la plus simple raison que les Cubains sont des êtres intelligents et qu'ils ont appris des erreurs commises en Russie post-soviétique ainsi que par la criante ascension capitaliste de la Chine. Non, l'avenir appartient aux Cubains, ils sont débrouillards, patients, courageux, généreux et surtout patriotes. Ils savent que le changement est tout proche, mais ils sont convaincus de la sauvegarde des acquis sociaux instaurés au lendemain de la Révolution. Ils savent aussi que leur indépendance passera par la préservation de leur culture riche et diversifiée et leur autonomie.
Cuba est à l'image de cette petite fille tout à fait sublime, conviviale, fière, pas du tout effarouchée et dont le sourire restera, à jamais, gravé en moi.
06 novembre 2006
Recuerde
Silvio Rodriguez, La Maza
De retour, complètement sonnée. A côté de la plaque. Tous ces visages, ces voix, ces êtres, ces peaux, la pluie, la chaleur étouffante, l'humidité, les eaux déchaînées venant asperger les amoureux du Malecon. Ces files attendant un autobus qui a du certainement avoir eu une panne, ces femmes sous le soleil, ces hommes coupant l'herbe à la machette, ces enfants aux uniformes et au sourire qui vous font voir des milliers d'étoiles. Ces belles jeunes filles qui se font peloter par de vieux schmocks, ces mains qui s'aventurent sur des corps à peine sortis de l'enfance. La Havane n'est point le bordel que l'on veut bien nous faire croire. Oui, il y a des vieux et des moins vieux, oui elles sont belles à faire damner les saints, oui elles se déhanchent comme personne, oui elles sont coquettes, oui elles sont sexy à mort. Les Cubains sont, sans conteste, les plus beaux êtres sur terre. Il règne dans ce pays une telle diversité que je suis tombée amoureuse à chaque coin de rue. Puis, les Cubains (hommes et femmes) sont gentils, ils flirtent tout le temps, c'est absolument charmant. Les Cubains c'est aussi pour une grande majorité la générosité car il suffit de les connaître pour les apprécier. Faut éviter les coins touristiques et aller à leur rencontre. Ce pays s'est glissé sous ma peau. Ces voix de Casa de la musica, la joie de vivre envers et contre tout. Non, La Habana n'est absolument pas une ville délurée, c'est une ville calme, très calme. Une ville qui se fait timide la nuit et tout à fait vibrante le jour. Non, je ne suis pas allée sur une plage, non je n'ai pas fait la touriste. Oui, j'ai pleuré sur la cinquième avenue en allant prendre des photos de l'appartement de mes seconds parents. J'ai pleuré car les volets étaient baissés, l'appartement vide. J'ai marché sous la pluie salvatrice qui permet aux Cubains de respirer un peu à tous les soirs et j'ai souri quand les gens me disaient de me couvrir. J'ai tremblé de voir la mer se déchaîner un tout petit peu et ai eu le coeur serré d'apprendre qu'elle inonde souvent les habitations. J'ai souri en voyant ces drapeaux noirs hissés juste en face de l'ambassade des U.S.A pour couvrir la moindre propagande. J'ai été émue de voir les portraits de Che et de Camilo. Oui, on rénove La Habana vieja et oui il y a moins de nids de poules sur les belles avenues et encore plein du côté loin des belles maisons. Oui, il y a plein de vieilles bagnoles, mais je n'ai aperçu qu'un seul accident de toute la semaine. J'ai sacré à cause de courtes pannes d'électricité et lorsqu'il m'a fallu trouver un taxi à Santa Fé tard dans la nuit. Mais j'ai pleuré de bonheur devant tant de gentillesse, devant tant de bonté.
Je n'ai pu résister à la vague des souvenirs, à son regard qui me couvrait sans cesse. Lui, partout et nulle part. Des portraits des héros disparus comme pour réconforter ceux qui restent..pour leur dire viva la revolucion.. Je le redécouvre à travers eux. Il avait le regard couleur miel, le sourire empli de soleil et pourtant il semblait porter un boulet. Il avait en lui la force du survivant, le calme d'un lac tranquille et la fougue d'un débutant.
J'ai longé le Malecon espérant le retrouver par un quelconque miracle. J'ai laissé le soleil chaud me brûler et je me suis concentrée pour retrouver le son de sa voix. Suena cubana me disait-il il y a de cela une vie. Il me taquinait en me disant souvent que je lui donnais l'impression d'être sortie directement d'un slogan propagandiste ferme et pleine de colère. Siete meses para la eternidad me soufflait-il à la naissance du cou pour ensuite gratter sa guitare et me chanter du Silvio Rodriguez. En foulant ce sol qui l'a vu grandir, ces rues qui l'ont vu courir, je n'ai pu m'empêcher de vouloir faire un saut ailleurs en moi, dans ce petit coffre fort dont je garde jalousement le code d'accès.
Telle une éponge, j'ai plongé dans la ville. Je voulais le ressentir, l'appeler au présent ou rappeler le passé. Me suis perdue dans la concordance des temps. Me suis perdue en traçant ses traits sur les visages, me suis perdue à reconstituer son visage, à imaginer sa démarche, à me revoir dans ses bras dansant un tango, à sourire le revoyant faire son Mucho Macho Machito et me taquiner en me disant amor mais je suis latin moi, non mieux ze souis Coubain! Si si amor, je suis ton Che et ton Camilo vu que je suis tombé dans la marmite et en ai bu de cette sacrée potion magique. Amor, viva la revolucion!
Puis, mon José a disparu. Il s'est éloigné petit à petit et a été happé par la foule en me criant: recuerde!
J'ai arpenté les rues de La Habana vieja en me souvenant d'un itinéraire qu'il avait tracé et que j'ai tout simplement gardé. J'ai caressé les murs, les vieilles maisons en imaginant le grain de sa peau. Je me suis arrêtée devant La casa de los árabes et j'ai marché pendant plus d'une heure avant de retrouver ma chambre au 21ème étage. Je n'avais pour seule vue que le vieil hotel Riviera, le Malecon et quelques immeubles désuets à la face ternie. J'ai commandé un mojito. J'ai levé mon verre à la santé des vivants, des disparus, des absents, à ceux que j'aime et qui ont fui ce pays, à ceux que j'aime et qui y sont restés. Et surtout à toi, José.
Le recuerdo mi amor, le recuerdo.
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